arts mélangés - la revue
Je ne sais pas
Par Nicolas Roméas
Directeur de Cassandre-Horschamp
Je ne sais pas
je ne ne suis pas spécialiste des arts plastiques ni de grand chose d’ailleurs
je ne sais pas comment il faut appeler le travail de Denis
ni s’il faut l’appeler
c’est plutôt lui qui appelle
je sais qu’il danse qu’il accomplit
même sans un geste
comme certains végétaux
certains oiseaux
des gestes mystérieux simples
savants
échappant
à la règle
à la loi de la pesanteur
il serait plutôt dans la grâce
il y a de l’oiseau là-dedans
un rituel qui trace
muet
en nous
sa galerie
chemin oublié
sous l’écorce
entre rêve et conscience
entre l’esprit et le corps
pas de cri pas de mot
apesanteur
sans savoir comme
et qu’il porte le poids de ces objets qui ont l’air d’avoir du sens pour lui et qui du coup en prennent un et je sais que la présence encombrée de cet homme porté par la grâce de celui qui construit avec le poids du monde dit une chose importante à laquelle les mots ne suffisent pas
certains shamans font ça
mais chez nous il n’y a pas de shamans il y a ceux qu’on appelle artistes
et ceux comme Denis
qui sont en vérité des shamans
c’est un type maladroit que seule la grâce sauve qui
montre
s’il faut dire quelque chose
que l’artiste est un prolétaire et un saint
un saint, un prolétaire, un saint
et ce savoir doit être partagé
un homme
Denis Tricot au centre
de l’univers
du monde
le centre du monde
les enfants les fous et Denis savent où c’est
et ce savoir doit être partagé
à sept ans, on démonte tout
Denis Tricot n’a pas sept ans
mais il a démonté le monde
je crois qu’il a une idée
il voudrait l’assembler autrement
il faut la grâce
écrasé par le poids d’un monde intimement familier
incompréhensiblement
inexplicablement
inextricablement
difficile à manier
il n’y a que la grâce
la maladresse
et ce savoir doit être partagé
et il s’y met car
il possède un savoir
et ce savoir doit être partagé
celui des lignes
des ondes
qui relient
le passé
le présent
le futur
les fenêtres des maisons
les maisons elles-mêmes
entre elles
les âmes
les gens
les vies
et ce savoir doit être partagé
c’est un clown céleste le sait-il lui
qui se prend pour un plasticien
Sait-il que
sous nos yeux il démonte
en rêve
les bâteaux de son ancêtre pour en faire
un monde